S01E00 – « On connait la chanson » / Y a-t-il un pilote dans ce blog ?

Ça y est les premiers mails d’avertissement de l’ Hadopi sont partis ! Il était temps ! Temps pour moi de lancer ce blog dont le projet démarra lui aussi il y a plus d’un an.

Si ne pas aller plus vite que la musique est une règle d’or, cette fois-ci je ne serai même pas allé plus vite que les pouvoirs politiques ! Tour de force !

Mais bref, revenons à nos moutons, ou plutôt à nos pirates :

Hadopi ou or not Hadopi ? Pro ou anti ?

– Au fond, là n’est vraiment  pas la question !

Les deux discours ressemblent à une version musicale d’un UMP versus PS, dernier grand classico franco-français où le public choisit de s’abstenir sans qu’on ne  lui interdise l’entrée d’une quelconque  « enceinte » .

A ma droite, accusant des millions de pertes, une industrie en mode régime Dukan qui accuse internet de lui avoir volé son modèle économique en même temps que son profit.

A ma gauche, le consommateur final, un peu geek sur les bords, qui a tout vu tout fait et revendique son droit à la propriété gratuite. Il a fait l’artiste alors pourquoi acheter un disque ? Pour qu’une vilaine maison de disques s’enrichisse sur le dos d’un pauvre chanteur qu’on adore mais qu’on affame ? Ah ça surement pas !

Il est amusant de voir que le peuple aura finalement presque réussi à faire à la musique ce qu’il a du menacer des milliards de fois de faire à Mc Donald ou Coca-cola ! Mais entre la nourriture de l’âme et des bonnes frites bien grasses, le choix est vite fait- Les steaks hachés ne poussent pas sur les arbres ! Et pourtant… Il est en principe plus facile de tuer un bœuf que d’écrire une belle chanson ! Les gens sont décidément cruels !

Bref, vous l’aurez compris, on passe totalement à côté du problème et si l’ Hadopi aura certainement pour effet de dissuader une partie des downloaders, une grande majorité migrera vers d’autres horizons que les peer2peer.

Alors à quoi ça sert ?

– A créer un organisme d’état avec un coût de fonctionnement inimaginable pour ne pas rapporter à l’industrie musicale le moindre copeck !

– C’est un simple effet d’annonce, un pansement sur une jambe de bois, un slogan autoritaire comme « La musique, tu l’aimes ou on t’efface ton disque dur ! ».

Mais raisonnons par l’absurde :

–          Et si tous les français arrêtaient de télécharger de la musique ?

–          Et si les ventes de disques ne s’en trouvaient pas ou peu significativement augmentées ?

J’ai dit raisonnement par l’absurde ? C’est de ne pas être arrivé avant à cette conclusion qui l’est surement.

« La vérité est ailleurs » (©Fox Mulder). Voilà pourquoi ce blog ! Partager quelques théories sur comment nous en sommes arrivés là et sur les perspectives prochaines.

A très bientôt, donc !

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S01E02: « Licence to kill » – Débilité Illimitée

novembre 16, 2010 1 commentaire

Quand une situation illégale devient une généralité, il ne reste que deux solutions. D’un côté, appliquer  la répression la plus sévère pour faire oublier les automatismes culturels qui se sont développés du côté hors la loi de la barrière et d’un autre côté, changer les règles et faire passer l’illégal au rang de légal.

Le sujet a été maintes et maintes fois débattu autour de la ganja et voici qu’il fit il y a quelques années apparition dans le monde de la musique pour aplanir les dégâts collatéraux causés par le downloading pirate sous le joli nom de « licence légale » pendant les débats autour de la loi DADVSI.

Mais comme dans tous les cas de « légalisation » c’est le modèle économique à trouver qui demeure la clé de la réussite. L’idée qui a donc été amenée à un moment par les pouvoirs publics était donc de rajouter à la facture internet une somme destinée à couvrir l’autorisation de téléchargement.

Le débat fit donc rage sur qui paierait la note ? (Les abonnés ou les F.A.I. ?) Est-ce que cette redevance serait obligatoire même si on ne télécharge pas ? La question était forcément ailleurs.

Revenons donc  sur l’essence de l’idée, télécharger légalement et de manière illimitée moyennant un forfait qui s’annonçait somme tout modique. Il en aurait donc résulter un vaste gâteau divisé en fonction de critères quantitatifs : importance des catalogues musicaux et éventuellement nombre de téléchargements.

Si d’un œil simpliste, on se dit que tout le monde est gagnant : l’internaute téléchargeant à loisir et en toute tranquillité, d’un autre l’industrie récoltant une enfin nouvelle manne, la réalité de l’idée est autrement moins brillante.

D’une part le téléchargement illimité et légal aurait évidemment fini  d’achever le marché du cd physique en plus de réduire à néant toutes les initiatives précoces de développement des plateformes de développement légal.

D’autre part, il faut quand même revenir à la réalité d’un marché mondial d’autant plus qu’il transite par internet.  Si dans le combat actuel mené contre le piratage par l’ HADOPI, les serveurs hébergés à l’étranger et notamment aux USA posent des problèmes insolubles, ce type de pratique en France aurait eu forcément d’importantes conséquences sur les marchés étrangers. Evidemment, il y aurait toujours des solutions techniques visant à délivrer la musique d’une plateforme unique à des gens qui auraient prouvé leur statut de résident mais une fois de plus, la grande question était encore ailleurs !

En effet, si ces conséquences représentent  leur degré de gravité, la principale aurait été la disparition pure et simple de la création de musique enregistrée !

En effet, admettons le plus logiquement du monde que la redevance correspondant à la « licence légale » soit plafonnée au nombre de connexions possibles à internet à l’intérieur du pays, la totalité de la somme serait divisée entre les maisons de disques par rapport à l’importance de leur catalogue au jour J.

Pourquoi si le gâteau ne grossit plus continuer à inviter encore de nouveau artiste à la table ?

Pourquoi investir encore le moindre centime pour ne pas en ramener le moindre supplémentaire ?

Le métier des maisons de disques se serait limité à la gestion d’un patrimoine culturel, toute nouveauté n’ayant plus aucun intérêt économique et ce jusqu’à la fin de la période de droit qui rendrait la musique totalement gratuite.

N’en parlons plus, cette idée est heureusement loin derrière, à moins que…

A très bientôt donc,

S01E01: “La cerise sur le ghetto” (© MAFIA K1FRY )– C’est pas ton rayon tout ça !

Tel le fidèle bling-bling qui reste indéfectiblement pendu au cou de l’autoproclamé représentant des couches défavorisées, l’industrie du disque ne veut pas se défaire de ses signes extérieurs de richesses et s’accroche à son symbolique disque d’or.

Depuis le début de la crise, le SNEP a donc déjà « raboté » (tiens ça me rappelle quelquechose…) deux fois les quotas pour atteindre ses récompenses suprêmes. Est-ce un effet collatéral de la grimpée en flèche du cours du métal, ou la dévalorisation de l’œuvre ? Si on se pose des questions sur la réalité de l’alchimie, on nous prouve que la réaction inverse existe bel et bien ! On finira par honorer d’ici quelques mois les jadis smicards de la vente de disques…

L’industrie musicale donne un coup de pied à l’exception de l’œuvre qui a trouvé son public dans des proportions manifestement supérieure à ce qu’imposent les segments ! On ne prend plus l’excellence comme modèle mais simplement le convenable… La crise est là certes, mais en voici certainement déjà une des pistes d’explication.

Si les oppositions de styles ont toujours fait partie de l’histoire de la musique, l’industrie n’a fait que les  amplifiées jusqu’à un point de non retour pour des raisons évidentes de profit immédiat (Décidément ça me rappelle encore quelque chose !). De segmentation, en spécialisation, des lieux de diffusion aux lieux de vente, le public a été séparé en un multiplicité de groupe créés pour répondre à tous les critères qui font d’eux LA cible de tel ou tel genre, artiste ou label.

Si le travail de statistiques permet des réussites rapides sur des « générations installées » (et ancrées dans leurs modes de consommation), sa persistance sur la longueur créée des habitudes culturelles chez les jeunes qui changent les règles du jeu.

Encore une preuve que la musique est un reflet de la société (c’était donc ça !)…Les médias schématisent grossièrement, une grande partie des gens adhèrent malheureusement au moule et les excès arrivent à tous les étages …

Le rap pour les racailles, l’électro pour la jeunesse dorée qui fréquente les clubs, la world music pour les bobos en quête d’exotisme, le rock pour les adolescents en recherche de personnalité, la variété pour la mère de famille et le « beauf patenté ». Quand l’universalité n’existe plus, le repli communautaire n’est inévitablement plus loin et le rayonnage qui pousse à l’achat compulsif finit par récolter son revers de médaille.

Pour le dire plus clairement, tout a été fait pour que le consommateur rentre dans son rayon de prédilection, achète dans un temps record sa tête de gondole. Il ne perdra pas de temps dans les autres rayons et ne gène donc pas la circulation des fans du style concurrent dans le rayon voisin !

Quand les catégories cibles étaient aussi bien définies que les castes de la société du moyen âge, ce système avait du sens mais le besoin de différenciation des dernières générations liée à l’explosion d’internet a engendré de multiples sous-catégories de public qui elles même ont engendrées de multiples sous styles musicaux. La toile des sociétés tribales s’est tissée dans une complexité telle que le public potentiel pour chaque artiste s’est considérablement divisé.

D’ailleurs est-il si étranger à cette situation que l’on voit l’émergence de plus en plus d’artistes à la croisée des genres ? Ces d’artistes qui se sentent à l’étroit dans ces chemins balisés, empruntent des voies médianes que bizarrement on ne cherche plus tellement à classifier en inventant encore un style ! Car il faut bien le dire, on a presque tout vu avec des noms de genre à rallonge du style goa-slam-indie à tendance électro-transe !!!

On aurait à présent plutôt tendance à retrouver d’ici quelques années les bons vieux bacs de variétés françaises ou internationales regrouper tout un chacun en même temps que les linéaires ne fondent comme neige au soleil.

La musique semble donc opérer une nouvelle mue vers plus d’universalité mais le chemin sera long jusqu’à ce que la génération naissante prenne pour acquis ce nouvel état de fait et d’ici là les transformations de l’industrie musicale seront encore bien nombreuses, qu’elles soient voulues ou subies.

A très bientôt donc !